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C-Walk, le pas du gangster

Dirt Noze, le mercredi Septembre 2012

Le C-Walk (abréviation de Crip Walk) est techniquement une danse basée sur des passes de jeux de jambes relativement complexes dont une des figures joue avec un positionnement des pieds en V (à la manière de Charlie Chaplin). Le C-Walk, et ça a son importance, est une danse purement originaire de Los Angeles qui a évolué parallèlement au mouvement hip-hop new-yorkais mais auquel elle ne doit rien. On dit d’elle qu’elle a été inventée au début des années 70 par les membres du tristement célèbre gang des Crips. Il se dit également qu’elle ne s’agirait pas d’une danse (les gangsters ne dansant pas).

Alors si le C-Walk n’est pas une danse, demandons-nous malgré tout comment ça se danse. Pour se faire une idée précise de ce que c’est visuellement, le mieux est encore de jeter un oeil sur les vidéos qui pullulent sur les sites de partage. Comme ce montage où de nombreux représentants du célèbre gang du sud de Los Angeles paradent au son du célèbre C-Walk du rappeur Kurupt, un hymne Crip au groove minimal et puissant.

Kurupt - C-Walk

Gangsters don’t dance, gangsters boogie

"This is not a dance", le C-Walk n’est pas une danse, nous rappelle Xzibit en final de son clip Get Your Walk On à l’aide de panneaux égrenés à la manière de Bob Bylan par deux jeunes C-Walkers.

Mais alors si le Crip Walk n’est pas une danse qu’est-ce que peut bien être cette démarche ultra stylisée au groove certain ? Au même titre que les hand signs, les tatouages ou les graffitis, le Crip Walk serait avant tout, et notamment avant sa dimension artistique, un moyen de communication et un signe de reconnaissance et d’appartenance à un groupe, en l’occurrence celui du gang. Un des mouvements clés du Crip Walk, et pour certains son origine, est de "dessiner" les lettres de son nom ou du mot Crip avec son pied. Ce pas particulier serait donc au départ une signature, un mouvement macabre et cynique exercé par les membres des Crips après avoir assassiné ou tabassé un membre d’un gang adverse. Le Crip écrivant sur le sol son nom ou celui de son gang avec le sang de son adversaire. Un autre mouvement évoque celui du gangster qui essuie ses chaussures tachées du sang de sa victime.

Le Crip Walk pourrait aussi être pratiqué pour célébrer l’arrivée d’un nouveau membre au sein du gang, pour alerter ses compagnons de l’arrivée de la police ou encore pour prouver son amitié envers un autre membre.

Le C-Walk reste malgré sa légende une danse très stylée, pleine de groove, et qui, bien entendu, possède une dimension festive indéniable. Comme dans ce moment de liesse californienne et petite scéance d’impro pendant le tournage du clip de DPG Cali Iz Active :

Kurupt & Roscoe @ DPG "Cali Iz Active" video shoot

Colors

Le gang des Crips est fondé en 1969 par Stanley Tookie Williams et Raymond Washington avec l’union de leurs 2 gangs respectifs. La légende dit que la création des Crips auraient été influencée par les idées et la culture d’auto-défense du Black Panther Party.

Très rapidement la couleur bleue devient le signe distinctif du gang. Un certain Buddha, un membre fondateur du gang, aimait, sans doute par coquetterie, à s’habiller en bleu des pieds à la tête. Quand le dénommé Buddha fut assassiné en 1973, le reste de la bande se mit a porter le bandana bleu pour honorer sa mémoire. C’est ainsi qu’elle devint la couleur officielle des Crips.

Nés d’une fusion entre deux gangs, les Crips étaient un gang très important en nombre qui terrorisait les bandes adverses des alentours. Sous l’impulsion d’un gang de Crips dissidents résidant à Piru Street, une coalition de bandes ennemies vit le jour sous le nom des Bloods en 1973.

Les Bloods, frères ennemis des Crips, choisirent la couleur rouge, celle du sang, et s’inventèrent également une danse dérivée du C-Walk, le Blood Bounce connu également sous le nom de Blood Walk.

La réponse des Bloods au C-Walk :

47 Miller Gang - If You Blood Throw It Up

La mauvaise réputation

Le C-Walk traine donc une mauvaise réputation. Son apparition dans les clips des rappeurs affiliés aux Crips, comme Snoop Dogg, Xzibit ou Kurupt n’est pas sans scandaliser. Quelques clips autaient même, à une époque, été interdits ou floutés sur certaines chaines américaines pour cette raison.

En 2012 aux Jeux Olympiques, la championne de tennis Serena Williams déclenchera même une petite polémique en réalisant quelques pas bien sentis sur le sol de Wimbledon pour exprimer son bonheur d’avoir écrasé Maria Sharapova (6-0 6-1).

Pour se débarrasser de vette mauvaise image et permettre aux danseurs non-gangsters de pratiquer cette danse riche et d’une indiscutable élégance, sans pour autant promouvoir la culture des gangs, il fallait lui trouver un autre nom. Autrement plus joviale, l’expression Clown Walk, qui conserve le C de C-Walk tout en renvoyant à la position des pieds en V, s’est imposée d’elle-même. La danse évolua, se complexifia.

Du Clown Walk, plus rapide et acrobatique que sa version gangster, naquirent le Crown Walk et une volonté de rester plus proche du style smooth et tranquille du Crip Walk. Cette définition du Crown Walk est bien entendu réductrice et ses particularités ne s’arrêtent pas à cet aspect.

Gangsta Walk

Pendant ce temps à Memphis on danse le Gangsta Walk depuis le début des années 80.
De son côté, le Gangsta Walk (aussi appelé Jookin, choppin, buckin, ...), malgré une accointance évidente avec le Crip Walk de Los Angeles, ne se reconnaitrait pas de lien historique avec lui, mais plutôt avec les danses pratiquées dans la culture hip-hop de New-York, comme le Breakdance, et, avant lui, le Poppin et le Lockin.

C-Walkin : Un film de Kévin Noguès

Pour terminer je vous propose de visioner ci-dessous le documentaire C-Walkin, de Kévin Noguès, qui nous présente et suit quelques C-Walker français.