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Dario Argento, Tenebrae (Ténèbres)

Dirt Noze, le lundi Mars 2010

Un célèbre écrivain américain, Peter Neal (Anthony Franciosa), auteur de romans policiers à succès se rend à Rome à l’occasion de la sortie de son nouveau livre "Tenebrae". C’est alors qu’une série de meurtres, inspirés par son roman, sont commis dans son entourage. L’écrivain décide de mener l’enquête.

Tenebrae, de Dario Argento (1982).

Un film blanc, futuriste et froid, teinté d’ironie.
Après une excursion dans le fantastique teinté d’expressionnisme et de surréalisme avec Suspiria et Inferno, Tenebrae (Ténèbres en VF) marque le retour de Dario Argento à son genre de prédilection, le pur giallo. Il s’agit même, peut-être, de son giallo le plus giallo.

Tout en respectant à la lettre les codes du genre (tueur en série à l’arme blanche et aux mains gantées de cuir, victimes féminines et sexy, crimes sadiques teintés d’érotisme, un étranger qui se substitue à la police et mène l’enquête, la folie criminelle prenant source dans un trauma originel...) Argento nous livre un film très personnel et se moque gentiment de ses déctracteurs.

Un film blanc

Par contraste avec les rouges et les bleus très vifs de Suspiria et Inferno, Ténèbres, malgré son titre est un film majoritairement lumineux et diurne à forte dominante blanche. Le chef-opérateur, Luciano Tovoli, déjà présent sur les deux précédents films d’Argento, place ce film sous une lumière délibérément crue, à la demande du réalisateur.

Le réalisateur expliquera son choix : « un style photographique moderne, rompant délibérément avec l’héritage du cinéma expressionniste. La lumière d’aujourd’hui est celle des néons, des phares et des flashs omniprésents ... l’idée même de s’intéresser aux ombres m’a semblé ridicule et, plus que cela, rassurante ».

Dario Argento, avec cette image froide et lisse tente de se rapprocher d’une esthétique proche de celle de la télévision, et de retrouver le réalisme des série télé.

Un film futuriste

Dario Argento nous emmène en voyage dans une Rome fantasmée, moderne et futuriste, peuplées de gens oisifs vivant isolés, dans de grandes villas modernes entourées de verdure. De Rome on ne verra que des quartiers résidentiels modernes et impersonnels, des esplanades et des centres commerciaux, point de Colisée ni de Panthéon ici.

Dario souligne la parenté de son oeuvre avec le film d’anticipation. Sa volonté étant que l’action se déroule dans un avenir proche, dans une Rome située dans une dizaine d’années, pas plus. Que le spectateur ne sente juste qu’un léger décalage.

Une distanciation ironique

 ! SPOILER - (le paragraphe qui suit révèle des informations sur certains moments clés du film)

Argento règle gentiment ses comptes avec la censure et avec ses détracteurs. Peter Neal, le personnage principal du film, est attaqué par les critiques sur les mêmes bases que Dario Argento, son créateur et alter ego : une journaliste l’accuse de misogynie, dans les romans de Neal (et dans le film) les victimes sont principalement des femmes déviantes (voleuse aguicheuse, lesbiennes ...), un autre le soupçonne d’avoir un sombre secret, voire un penchant pour le meurtre (on ne peut pas écrire de tels horreurs sans avoir soi même un terrible secret).

Le réalisateur va, ironiquement, jouer avec ces clichés en faisant effectivement de Peter Neal un dangereux maniaque, ayant un lourd secret enfoui et une folie meurtrière qui ne demande qu’a se déchaîner à tout moment.

In fine, la morale du film est claire : On ne peut pas écrire de livre (ou faire de film) traitant du meurtre sans être soi-même un horrible meurtrier.

Des scènes cultes

Des scènes de meurtres hautement sadiques et esthétiques se succèdent, fidèles aux habitudes du réalisateur italien. La magnifique course poursuite avec le chien, le double meurtres des lesbiennes au très (trop) long traveling à la luma et le célèbre drop painting de Jane.

On peut citer également le fameux "trauma originel", les talons rouges, la plage et la "femme fatale" jouée par une homme.

Une pièce d’anthologie et mon Argento préféré avec Profundo Rosso. Encore une fois, un joyeux mélange entre film de genre jubilatoire et film conceptuel.

La Fabuleuse scène du meurtre + drop painting

Je vous colle ci-dessous un extrait de l’article "Les talons de Jane" du malheureusement défunt Beances.net (Frederic Astruc), vous présentant la scène mythique.

"Le meurtre de Jane est le plus spectaculaire du film. Il constitue l’aboutissement de la quête du tueur, celui à travers lequel il peut enfin trouver un apaisement. C’est ici que le fétichisme des armes blanches atteint son point culminant.
La scène se déroule la nuit alors que Jane attend la secrétaire de l’écrivain chez elle. Elle tient un revolver dans sa main droite, qu’elle appuie sur une table devant une baie vitrée. Dehors, l’orage redouble d’intensité. Jane se tourne pour ainsi dire vers la caméra et nous adresse un sourire étrange. A cet instant, une hache brise le verre et sectionne son poignet. Elle se lève en hurlant et, tout en tenant son avant-bras amputé, répand son sang sur un mur blanc. D’autres coups sont portés, elle s’écroule, stupéfaite et terrorisée. Après un ultime flash-back, on la retrouve gisante et maculée de sang, les yeux grands ouverts… "

Vidéos

Meurtres

Un montage fait par un fan de toutes les scènes violentes du film (What a perv !) :

++++Trailer japonais

La bande annonce japonaise :

Portfolio