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Deadly Premonition

back to Twin Peaks

daamien, le mercredi Février 2011

A Deadly B Game

L’ analogie avec le ciné continue, entre les blockbusters et les jeux indés on peut maintenant glisser les jeux de série B. Des noms ? Onechanbara Bikini Squad, Nier, Force de Défense Terrestre 2017, Alpha Protocol... Pour les définir on peut parler d’un budget de développement réduit qui induit une réalisation poussiéreuse, pas grave puisque c’est assumé et souvent tourné en dérision. Tant mieux même car ce statut qui les destine directement vers un public d’amateur (et un prix attractif) permet d’instiller un second degré et une liberté de ton presque interdite sur les jeux classiques (mais qu’on avait grandement appréciée sur les point & click de la grande époque).

Et justement Deadly Premonition [1] est très loin du produit marketing aseptisé avec ses emprunts décalés aux plus grandes réussites de son médium (gta, mgs, resident evil, maupiti island, shenmue, silent hill...) et ses références érudites aux B movies 80’s [2] qui se reflètent dans le jeu par des changements de tons souvent hilarants. Comme dirait l’autre une belle preuve de bon mauvais goût !

Twinpeaksophile

Puisqu’on est dans les références, parlons maintenant de la fixation de Swery sur Twin Peaks (qui était lui même pétrit de références) en déclarant fissa que son jeu est l’hommage le plus vibrant qui soit à l’oeuvre de Lynch. Ainsi l’ agent du F.B.I. York est une sorte de mélange de dale Cooper et de chester Desmond, et il est si réussi qu’il n’ a pas à rougir de la comparaison !

Mais D.P. n’est nullement un plagiat, il faut plutôt l’aborder comme une relecture passionnante qui régalera tout particulièrement les fans de la série. On pourrait même dire que cet hommage sans détour est une belle preuve d’humilité. Ajoutons là que la manière dont Swery retranscrit l’humour boyscout, la fantaisie ésotérique et l’ atmosphère de Twin Peaks est admirable. Cerise sur le donut, le storytelling et les dialogues sont d’une qualité que l’on croyait ne plus trouver dans les jeux vidéos. Il a bien eu des tentatives récentes avec Mass Effect et Heavy Rain mais ces deux jeux sont bien trop nunuches pour soutenir la comparaison. On pourrait d’ailleurs mentionner Alan Wake dont l’ambition première, certainement proche de celle de D.P., a été salement castrée sur l’autel du sempiternel « il faut que ça plaise au plus grand nombre ».

Empathie et immersion

Ce qui fait la force de D.P., c’est qu’il réussit, à l’instar de Shenmue mais avec beaucoup moins de moyens, à proposer une ville crédible. Les déplacements en voitures prennent du temps, les habitants vaquent à leurs occupations en semi temps réel (1mn est à peu près égale à 30s de temps de jeu, c’est très troublant !) et on peut les observer (même les épier chez eux) tout le long de notre enquête.

Qualité de l’ écriture aidant, on ne tarde pas à s’attacher à eux et donc à s’impliquer dans l’histoire d’autant que la durée (une bonne vingtaine d’heure) le permet, comme dans une bonne série, quoi...

Greenvale, tu l’aimes ou tu le quittes !

Finissons avec les aspects qui ont chagriné l’amicale vidéoludique.

_Le jeu ne propose pas des textures impeccables comme on a l’habitude d’avoir sur écran hd : citons donc le laïus du début du jeu à la gloire des VHS qui étaient garantes d’une ambiance unique, on fera vite le rapprochement avec par exemple la 3d imparfaite mais fascinante d’un silent hill 2, D.P. est avant tout un jeu nostalgique.
Ainsi des comportements robotiques des protagonistes qui rappellerons aux connoisseurs les moqueries irrésistibles de Cronenberg envers les jeux vidéos dans son Existenz.

_La carte du jeu ne permet pas de dézoomer ce qui rend fastidieux les déplacements : pour ma part j’ai d’abord découvert les lieux sans chercher à les localiser. Après j’ai passé un quart d’heure à me faire ma propre carte de la ville sur une feuille en mélangeant les infos de la grande carte et les légendes de la version agrandie, c’est vraiment chouette car même si ce n’est pas indispensable ça rend bien plus forte l’immersion dans Greenvale...

_Les combats avec les « zombies » n’ont pas grand intérêt : certes, ils ont apparemment été ajoutés tardivement à la demande du studio comme on ajoute une scène de douche dans un thriller. Devant la grande cohésion du reste du jeu c’est vrai que ça surprend un peu mais pour ceux qui détestent l’action gratuite, la plupart de ces séances de shoot préhistoiriques peuvent être facilement évités. En même temps elles sont assez marrantes car un peu à la ramasse sans être injouables...
De toute façon c’est aussi ce genre de truc qui fait le charme d’une super série B, non ?

Portfolio


[1ce jeu est disponible en pal grâce à Rising Star sur xbox 360 (mais zoné), la version ps3 n’est pas zoné mais si l’audio est en anglais, tout le reste est en japonais.

[2voici la liste complète des films cités dans les monologues de York : Jaws, Back to the Future II, Remo Williams : The Adventure Begins, Tremors, Attack of the Killer Tomatoes, The Deadly Spawn, Superman 1,2 et 4, Ladyhawke, Cat People (remake de 82), The Goonies, Ferris Bueller’s Day Off, 16 Candles, Pretty in Pink, Star Wars, An American Werewolf in London, Xanadu, Blue Thunder, The Lost Boys, Spiderman, Arachnophobia