"Eaten Alive" (aussi appelé Death Trap ou Horror Hotel selon l’humeur des distributeurs) (Le Crocodile de la mort en VF) de Tobe Hooper (1977)
Normalement, toute personne n’ayant pas de problème particulier avec la représentation de la violence à l’écran a vu et apprécié à sa juste valeur le chef-d’oeuvre de Tobe Hooper, Massacre à la tronçonneuse. Par contre, c’est moins évident pour Eaten Alive, le second film du réalisateur. Trois ans après le succès de Massacre à la tronçonneuse, son premier film, Hooper réalise ce curieux film de croco, moitié film de commande pour drive-in, moitié film plus personnel.
Entre deux chaises
Un peu bancal, Eaten Alive se situe quelque-part entre Massacre à la tronçonneuse et Psychose, entre le film d’horreur réaliste 70’s et le film 50’s de studio. Hooper reprend des motifs entiers de son précédent film mais transpose le tout dans un univers visuel délibérément factice, aux éclairages expressionnistes (faisant parfois penser aux rouges et aux bleus radicaux de Suspiria sorti la même année).
Le film est entièrement tourné en décor de studio alors que la tendance de l’époque est au réalisme et aux décors naturels. Une tendance dont Hooper aura été d’ailleurs un des porte-étendard avec Massacre... Il décide malgré tout et contre toute attente, d’aller à l’encontre de ce que l’on attendait de lui pour faire un hommage aux films d’horreurs des 50’s, avec monstres en caoutchouc et décors en carton.
Le mal est en nous
Tobe Hooper n’en délaisse pas pour autant les thèmes principaux de Massacre : les rednecks sont bien là, l’ombre du Vietnam plane sur le bayou, l’Amérique fait face à ses démons. Pas de magie, pas de mutants, pas d’extra-terrestre, pas d’ennemis venus d’ailleurs : le mal est en nous, le mal est américain, généré par la société et ses travers. Le personnage de Judd, ancien du Vietnam (ou de la seconde guerre mondiale, on ne sait pas trop), est un plouc dégénéré et complètement fou qui subit des accès de violences hystériques. Souvent déclenchées par des pulsions sexuelles, ses crises de folie meurtrières se soldent dans le sang.
Campé par la star des 50’s Neville Brand (lui-même ancien vétéran de la seconde guerre mondiale), Judd est une sorte de Norman Bates déglingué du bayou.
Un film de commande
Tobe Hooper n’ayant presque rien touché des bénéfices engrangés par l’énorme succès de Massacre à la tronçonneuse, ses producteurs mafieux n’ayant peut-être pas jugé bon de le rémunérer en proportion, il se retrouve contraint de réaliser un film de commande.
On lui demande, pour surfer sur la vague du triomphe de Jaws (Les dents de la mer en VF), de faire un film d’horreur de monstre aquatique. L’affiche et toute la publicité autour du film sont trompeuses sur l’importance du crocodile dont on comprend très rapidement que le rôle ici est mineur (il sert grosso modo à faire disparaitre les corps), le véritable sujet du film reste le personnage de Judd et ses acolytes, tous plus ou moins déglingués. Le croco n’intéresse clairement pas Hooper qui le laissera 99% du temps hors champ.
Les amateurs de films de genre retrouveront sur le bord du bayou une belle brochette de comédiens typés. On y dégustera, en plus de Neville Brand, Marilyn Burns, la scream queen de Massacre à la tronçonneuse ainsi que Robert Englund (futur Freddy Krueger), William Finley (Phantom of the Paradise, Sisters etc.) et une incroyable Carolyn Jones, une autre rescapée des 50’s, (La Famille Addams) excellente en vieille maquerelle déglinguée.
La bande son
L’excellente bande son du film, composée par Hooper lui-même et Wayne Bell, une musique électronique analogique expérimentale et flippée, typiquement 70’s, se mêle à la country western décérébrée vomie par des postes radios vacillants. Les deux sources sonores se télescopant à la nausée.
Finalement
Un peu oublié, Eaten Alive reste un des meilleurs films de Tobe Hooper et un faux nanar 70’s comme on les aime. Une ambiance particulière se dégage de ce bayou de studio qui nous laisse un goût de nostalgie malgré la violence assez crue de certaines scènes.
Le Croco aura en tout cas marqué cet amateur de nanards de Tarantino qui reprendra telle quel (ou presque) la phrase d’ouverture du film crocodilesque "My name is Buck, and I’m ready to fuck" dans Kill Bill. On retrouve aussi beaucoup de l’ambiance du bar à péquenots tout en bois dans Death Proof (Boulevard de la mort en VF).
Un film un peu oublié mais qui vaut son pesant de cacahouètes, pour les amateurs du genre.
foxylounge






















Vos commentaires
# Le 10 janvier 2010 à 13:53, par strarlight
En réponse à : EATEN ALIVE, le Crocodile de la mort de Tobe Hooper
pour les gros radins : http://tinyurl.com/yhph3fo
# Le 10 janvier 2010 à 13:57, par DrNoze
En réponse à : EATEN ALIVE, le Crocodile de la mort de Tobe Hooper
Sinon, dans l’édition DVD de Wild Side il y a une super annalyse du film et des scènes clés par Jean-Baptiste Thoret.
# Le 30 décembre 2010 à 12:39, par Leatherface
En réponse à : EATEN ALIVE, le Crocodile de la mort de Tobe Hooper
Enfin bon, analyse qui ne dit pas le plus important : Hooper s’étant brouillé avec les producteur a quitté le tournage avant la fin et n’a pas assisté au montage final !!!
# Le 30 décembre 2010 à 21:48, par DrNoze
En réponse à : EATEN ALIVE, le Crocodile de la mort de Tobe Hooper
Ah bon, je ne savais pas. Merci pour l’info, monsieur Leatherface.
Où as-tu trouvé cette information ?
# Le 20 janvier 2011 à 16:13, par froussardage
En réponse à : EATEN ALIVE, le Crocodile de la mort de Tobe Hooper
Enfin bon, analyse qui ne dit pas le plus important : un film d’ horreur se regarde tard mais pas celui là car c’est l’ endormissement assuré !
# Le 21 janvier 2011 à 15:43, par DrNoze
En réponse à : EATEN ALIVE, le Crocodile de la mort de Tobe Hooper
C’est vrai qu’il peut, par bien des aspects, être assimilé à un gros nanard des drive-in, que le rythme peu baisser par moment et, surtout, qu’il ne fout pas la chocotte, mais ce serait dommage de s’arrêter là et de passer à côté de toutes ses qualités, notamment plastiques et référentielles.
Sinon pour bien dormir, je te conseille "Massacre dans un train fantôme" (Hou, le titre fr), même si je sauve la scène d’intro...
# Le 23 février 2011 à 13:33, par DrNoze
En réponse à : EATEN ALIVE, le Crocodile de la mort de Tobe Hooper
"Massacre dans le train fantôme" (The Funhouse) qui est trouvable en téléchargement en VF (sauf les scènes de joint qui sont en VO !) sur Les Introuvables (encore eux !) :
http://lesintrouvables.blogspot.com...
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