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Flight Muzik - DJ Diamond

Dirt Noze, le lundi Septembre 2011

À mi-chemin entre house et hip-hop, le footwork que nous concoctent les sorciers du juke de Chicago ne cessent d’influencer la musique de demain. Tout comme le free jazz est venu réveiller une scène musicale qui commençait à s’endormir à la fin des 60’s, les syncopes décharnées du footwork viennent remuer une eau croupie pour donner un coup de frais dans le paysage de la black music 21ème siècle et de la musique électronique en général.

Psychédélique et minimale, la musique de DJ Diamond ressemble à un trip d’acide dans un parking souterrain sentant la peinture trop fraiche.

Plus serein que ses compères (plus pop également) et un peu à part sur l’échiquier footwork, DJ Diamond nous distille une musique cubiste et hypnotique teintée de soul, de techno, de drum & bass et de jazz.

Contrairement à la plupart de ses contemporains de la scène chicagoan qui vont sampler principalement des titres récents (RnB, rap), l’auteur de Flight Musik (également le nom de son posse) revisite son patrimoine musical, la soul, le funk, le jazz, mais aussi la techno, l’ambient ou la musique de film (pour des ambiances dramatiques).

DJ diamond poursuit, approfondit et extremise ici une imagerie du collage, de la coupe et de la cassure amenée dans la culture populaire par les pionniers du hip-hop. On sent dans son travail la même nostalgie révérencielle qu’on peut trouver dans le hip-hop, mais les coupes du producteur sont si franches que sa musique semble presque uniquement constituée de hors champs, nous poussant à reconstituer mentalement les manques.

DJ Diamond manie le scalpel, la lame de rasoir, le couteau de cuisine, non pas pour constituer des patchwork mais bien pour lacérer, inlassablement, les mêmes motifs musicaux jusqu’à l’hypnose. Des images froides de vieux slashers ou autres gialli viennent d’ailleurs régulièrement à l’esprit à l’écoute de l’album tant la thématique de la coupe, de la tranche y est présente.

Bien que construites sur des boucles tournant à 160bpm, comme celles de ses confrères, ses rythmiques sont tellement distendues qu’elles nous paraissent bien plus lentes, voire ralenties. Ses beats sont également moins farfelus, plus carrés et se focalisent sur l’essentiel : la transe hypnotique qu’il sont censés générer.

Comme d’habitude avec le footwork c’est Planet Mu (qui a senti le filon) qui sort la galette, premier véritable album du bonhomme (ce qui ne l’a pas empêché de sortir des mix tapes à tour de bras à Chicago), dans une superbe pochette dont la cover symbolise on ne peut mieux le travail de DJ Diamond [1].

- Vous pouvez écouter l’album sur le site de Planet Mu. (extraits)
- Ou alors par ici

DJ Diamond : Wreckage

(Ici on sent l’influence évidente de Sun Ra et du free jazz avec ces petits gazouillis qui viennent chatouiller ce gros beat cabossé aux accents techno)

DJ Diamond : Pop The Trunk

(On ne peut s’empêcher de penser à Steve Reich et à ses Different Trains dans l’utilisation de ces boucles haletantes rappelant le battement du train sur les rails)

DJ Diamond - I Choose You

(DJ Diamond revisite ici son héritage soul de deuxième génération via le prisme du hip-hop)


[1Chicago, collage, nostalgie, décalage, mutation, rythme, transe, hypnose.