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Jeru The Damaja - The Sun Rises In The East

Dirt Noze, le samedi Mars 2012

Jeru The Damaja (Kendrick Jeru Davis) est un rappeur originaire du East New York, pas suffisamment connu du grand public et trop oublié par les jeunes générations, c’est pourtant un incontournable de la scène hip-hop new-yorkaise des années 90.

Après avoir démarré sa carrière dans les block parties il apparait pour la première fois en 1992 aux côtés de Guru et Lil’ Dap sur I’m The Man, un titre en plusieurs parties censé présenter au monde les deux poulains de Gang Starr. Jeru clot le morceau et impressionne alors tout le monde sur cette track où il atomise, en quelques strophes sans chichi, ses deux compères. DJ Premier se fend d’ailleurs pour soutenir sa partie d’une instru de haut niveau à la contrebasse claquante qui pousse littéralement le flow du rappeur.

Thelonious Monk du flow, Jeru possède un timbre et un style vraiment à part, immédiatement reconnaissable et tout en légers décalages et contretemps mais qui retombe toujours comme une massue sur le beat, avec une précision de métronome.

Your nine spray, my mind spray

L’année suivante il sort son premier single Come Clean qui devient instantanément un classique.

DJ Premier offre encore une fois au rappeur un beat d’exeption, peut-être même une de ses meilleures prods. Sobre et grinçant, possédant des accents jazz légèrement free et un groove incroyable, le beat de Primo, basé sur une boucle tirée de Infinity, du batteur Shelly Manne, est intemporel et porte à la perfection le flow magistral de Jeru. La façon dont les syllabes swinguent entre elles et jouent avec la rythmique est tout simplement extraordinaire.

Il s’agit du tube ultime du rappeur et c’est sans doute un des parangons du hip-hop east coast.

It’s A classic.

You wanna front what ?
Jump up and get bucked
If you’re feeling lucky duck
Then press your luck

You Can’t Stop The Prophet

Encouragé par le succés de Come Clean, Jeru sort en 1994 son premier album, qui restera de l’avis général son meilleur à ce jour. The Sun Rises In The East, entièrement produit par DJ Premier est une bombe qui, à sa sortie, n’a pu laisser indemne aucun fan de hip-hop east coast tant l’essence du genre y est portée au top niveau.

Affublée d’un World Trade Center en feu et d’un Jeru encapuchonné les deux poings serrés prêt à en découdre, la pochette annonce la couleur. On peut voir dans la signification du titre The Sun Rises in the East un message politique ou spirituel, mais on peut y trouver aussi l’apologie du hip-hop de la côte est et sa suprématie face au gangsta rap de la côte ouest qui cartonnait à l’époque. Ainsi même si cela n’est pas clairement dit dans l’album, les prêches moralistes et afro centristes appelant au respect et à la solidarité, sembleraient être directement adressés au matérialisme funky et sexiste des rappeurs californiens (voir l’excellente analyse de Fake for Real).

Mais, encore une fois, plus que le sens de ses paroles, c’est véritablement le flow, la façon dont Jeru fait swinguer les mots et les syllabes, qui fera le sel de ses morceaux.

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DJ Premier, toujours aux manettes, s’est éclaté sur cet album et livre ici certaines de ses meilleures prods, peut-être aussi les plus personnelles. Toujours soucieux d’être au plus près du style des rappeurs avec lesquels il collabore, il confectionne ses beats comme des écrins dont le rôle est de mettre valeur et de porter le flow du rappeur. Ici on sent bien que le style de Jeru l’a véritablement inspiré et lui a permis de passer un cap que, peut-être le classicisme de Guru ne lui permettait alors pas de franchir.

Afin de coller au mieux avec le flow si particulier de Jeru, il n’a pas hésité, sans perdre de son efficacité chirurgicale, à sortir des instrus plus étranges et dissonantes, presque bancales et tendant un peu plus vers le free que les prods jazzy cool qu’il produisait pour Gang Starr à cette époque.

En témoigne, en dehors de l’indétrônable Come Clean repris dans l’album, les deux pépites D. Original et You Can’t Stop The Prophet :