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Le Narcisse Noir

daamien, le jeudi Avril 2012

Black Narcissus est un film britannique réalisé par Michael Powell et Emeric Pressburge en 1946. Il est produit par leur propre studio indépendant (the Archers).

Un Ordre de Marie, composé de cinq soeurs aux caractères supposément complémentaires est envoyé à Mopu au Népal, afin de s’installer dans l’ancien harem d’un opulent général indien qui veut le transformer en dispensaire. Leur tache ne sera pas facile et mettra à rude épreuve leurs saintes convictions, pour le plus grand plaisir des spectateurs !

Beloved Classic

Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi ce film est un classique du cinéma britannique. Déjà on peut dire qu’il allie la perfection formelle des deux films exotiques de Fritz Lang (le Tigre du Bengale/ Le Tombeau hindou) à la truculence d’un cinéma populaire "de genre" qui poserait les rails pour des outrances italiennes à la Mario Bava (cette impression ne sera pas démentie par leurs productions futures, particulièrement les Chaussons rouges ou le Voyeur).

Un Chef d’Oeuvre Pictural

Cette beauté éclatante vient d’un désir de maitrise absolue de chaque plan, avec un remarquable travail sur la lumière. D’ailleurs le spectateur ne mettra pas longtemps à comprendre que tout est factice (décors peints, faux indiens grimés, bref l’Himalaya dans un studio en Angleterre !). Elle est aussi le fruit d’un brillant travail d’équipe (sine qua non), c’est donc l’occasion de louer comme il se doit Walter Percy Day, spécialiste des trucages photographiques (qui réalisa ces impressionnantes peintures sur verre), et Alfred Junge, le chef décorateur qui participa aussi aux peintures des décors.

Yin vs Yang

L’irrésistible puissance du film découle sans doute d’un système dualiste (qui pourrait enchanter Lao Tseu) qui irrigue toutes les facettes de l’histoire. Ainsi s’oppose avec panache le trivial et le spirituel, le renoncement et l’activisme, le désir et l’abstinence, l’homme et la femme, la nature et la culture, le passé et le présent... le film lui même n’échappe pas à ce traitement avec son alternance de plans classiques et de quelques plans obliques stylisés qui seront surexploités dans le cinéma asiatique.

On pourra aussi mentionner des splendides et radicales ruptures expressionnistes (avec la magie du Technicolor) souvent magnifiés par une partition sonore mémorable.


Cet étalon vigoureux du cinéma anglais est donc atypique, plein de lumineuses expérimentations tout en restant accessible. Son rythme est irréprochable, mais le voilà soudain qui se cabre bruyamment et qui disparaît au galop (giallo ?)... jusqu’au prochain visionnage...