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Mississippi Blues

Bertrand Tavernier & Robert Parrish

Dirt Noze, le mercredi Janvier 2014

En 1983, Bertrand Tavernier prend la mythique route 61 et longe les berges du fleuve Mississippi pour y tourner un documentaire sur le vieux sud des États-Unis d’Amérique et sa culture. Il s’y intéresse notamment à celle du blues et du gospel (mais pas que).

Pour cela il fait appel à Robert Parrish, un "ami américain" originaire du coin et ayant baroudé dans le milieu hollywoodien depuis l’ère du muet. Entre deux ou trois réflexions sur Faulkner, l’histoire du sud, celle de la ségrégation ou encore du cinéma, le film nous plonge en apnée, pour sa partie la plus intéressante, dans de longues séquences musicales.

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C’est accompagné de William Ferris (dont on vous parlait ici), qui fait le lien entre les musiciens et l’équipe de Tavernier, et permet ainsi au cinéaste français de filmer des séquence anthologiques, avec le même naturel que celui que l’on trouve dans les films du musicologue/folkloriste.

En mode infiltration, dans les églises ou chez l’habitant, on prendra part, d’un côté aux prêches enfiévrés des pasteurs et aux transes des fidèles, et de l’autre à la mélancolie profane des bluesmen amateurs. Comme dans cette mythique séquence où l’équipe de joyeux français se rend chez Son Thomas, un musicien connu de Ferris, pour y apprendre que celui-ci est en voyage. Qu’à cela ne tienne, justement l’oncle de Son et 2 ou 3 voisins passaient par là, guitare sur l’épaule et harmonica dans la poche. Un concert improvisé est alors donné dans le salon.

Un de ces musiciens amateurs, Arthur Oneica (à moins qu’il ne s’agisse de Poppa Neal [1]), ne comprenant pas la langue de ces étranges visiteurs venus les filmer, demande à Parrish d’où ils peuvent bien venir, tous.

- De Paris.
- Paris, Mississippi ?
- Paris, France.
- Oooh... Et quel est le nom de la rue principale là bas ?
- Les Champs Élysées.
- Redis voir.
- Les Champs Élysées.
- Ok.

Oneica lance son pote Joe Cooper à la guitare et démarre un blues improvisé où il est question de traîner sur les "Champs" pour y draguer des poulettes bien coquines mais dont on ne comprend rien à la langue .

Arthur Oneica & Joe Cooper - Champs Elysées Blues - Leland, MS

Hayward Mills - She Left Me - Leland, MS

Gospel, extrait de Mississippi Blues

À la vue de ce documentaire, parfait pour accompagner la lecture du livre/CD/DVD de Bill Ferris, Les Voix du Mississippi, on comprend mieux la passion de Tavernier pour ce sud mythique et pourquoi c’est lui, un français, qui a si bien réussi l’adaptation au cinéma des aventures louisianaises de Dave Robicheaux (Dans la brume électrique).

Portfolio


[1Sur le livret du DVD, Robert Parrish raconte l’anecdote en le nommant Poppa Neal , mais sur le CD de la B.O. du film il est crédité comme Arthur Oneica.