Qui ne s’est jamais surpris à relever dans un article professionnel des tas de formules toutes faites ? Au point que l’on se rend parfois un peu trop compte que le texte en dit plus long sur d’où il provient et sur ses partis pris sous-jacents que sur l’ oeuvre qu’il est sensé décrire...
C’est particulièrement visible dans les magazines ou webzines qui, avec la fidélisation de leur lectorat, cherchent à affirmer leur « ligne ». Cela leur permet d’installer une routine efficace et de parler de n’importe quoi de la même manière. Si les rédacteurs peuvent être reconnaissables par certains de leurs gimmicks ils sont cependant clôturés dans la limite de « bon goût » définit par leur structure. Le lectorat régulier y trouve plutôt son compte car, en terrain connu, il peut anticiper avec délectation le verdict tant attendu qui récompensera ou décrédibilisera le produit culturel sous pesé. On a pu ainsi avoir des exemples de chroniqueurs insultés par les lecteurs car ils sortaient de la pseudo objectivité relative à leur support. A contrario, grâce à ce savoir faire maison on a pu lire des critiques alors même que leur auteur n’avait pourtant pas ou alors que très légèrement côtoyé l’ oeuvre !
Pourquoi diable ? C’est que la production culturelle est telle qu’elle incite à un jugement superficiel tant pour le scribe éclairant que pour le lecteur avide de nouvelles informations. Il faut être exhaustif et il est préférable de parler de beaucoup de choses mal (et pour lesquelles le critique transformé par son travail en un consommateur culturel forcené n’ a pas forcement intérêt) que de peu de choses avec passion.
On déplorera aussi que la dimension business a pénétré tous les secteurs de la critique culturelle avec un cynisme désarment. Profitons donc de la lubie ambiante pour le pognon, d’autant que causer chiffre ça fait sérieux, adulte. Encore une fois au détriment de la spécificité du travail commenté. Je ne parlerai donc sutout pas du sponsoring déguisé et autres petits cadeaux qui soutiennent discrètement les intéressés aux abois, on connait la chanson...
C’est alors le moment de saluer la belle alternative que proposent certains blogs. Surtout que ces dernières années, ils ont pris de plus en plus d’importance tant par la qualité de leur contenu que dans leur croissance exponentielle.
Ils sont donc innombrables, parfois spécialisés, parfois éclectiques, on peut y trouver tous les sujets imaginables avec une richesse de ton réconfortante. De part leur nature individualiste, spontanée et bénévole ils sont moins assujettis à certains travers que nous venons d’évoquer et l’esprit de partage qui anime leurs auteurs rappelle l’heure de gloire des fanzines dont ils reprennent en quelque sorte le flambeau, l’accessibilité en plus.
Autre avantage des blogs, ils n’ont pas à coller à l’ actualité. C’est à ne pas négliger car chez les professionnels, on ne peux parler d’un truc passé de mode que si l’ artiste vient de mourir (voir l’article de Pandabold) ou alors dans le cadre d’une thématique en lien avec l’actualité, on constate donc qu’il est primordial de justifier ce choix, de le rendre pertinent aux yeux du lecteur d’une manière plus ou moins spécieuse.
Un dernier point, les bloggers sont de partout et de toutes les classes sociales, quand on sait l’hypercentralisation désespérante de l’information en France, c’est un argument de poids.
foxylounge



Vos commentaires
# Le 1er mars 2011 à 19:36, par Pandabold
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Ça soulève pas mal de questions... La prise de parole des anonymes qui donnent leur avis souvent subjectif mais sans contrainte marketing. C’est assez intéressant...
# Le 1er mars 2011 à 21:07, par delet
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concernant l’ anonymat, c’est assez relatif puisque certains critiques professionnels utilisent des pseudos et certains bloggeurs ne cachent pas leur identité. on trouve aussi chez les bloggeurs des personnes déjà reconnues.
j’en profite pour préciser que j’adore le format papier et je ferais parti des premiers à le regretter s’il venait à disparaitre (ce qui n’est pas improbable malheureusement).
# Le 1er mars 2011 à 21:53, par Pandabold
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Ah oui, le blog n’est pas l’apanage de l’anonyme. Ca me fait d’ailleurs penser à ces blogs de "mode" (attention, là, le terme est à prendre avec des pincettes) où les rédactrices parlent des fringues "top cool" qu’elles ont achetées chez H&M ou chez Gucci, et reçoivent des cadeaux des marques dès qu’elles ont un peu de visibilité.
Pour le papier, je ne sais pas si il va vraiment disparaitre. Je ne crois pas. Le numérique ne peut pas tout remplacer... Enfin je dis ça mais je viens de voir des panneaux 4x3m dans la rue et ce sont des écrans de télé qui diffusent des pubs... Dans la rue... Preuve encore que technologie ne rime pas forcement avec progrès.
# Le 2 mars 2011 à 13:04, par DrNoze
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Ça se fait beaucoup aussi sur les blogs "techno", les mecs un minimum influents reçoivent tous les nouveaux smartphones/tablettes/oreillettes/netbooks par UPS pour les tester. C’est pas pour ça qu’obligatoirement ils se mettent à lécher les marques du jour au lendemain, (il faut garder sa crédibilité de blogueur indé) mais ça doit forcément adoucir le propos. Ces mecs, d’ailleurs deviennent souvent hyper exhaustifs sur leur sujet et se doivent, alors, de parler de tout pour augmenter leur lectorat. Ça se professionnalise en quelque sorte.
Dans le JV aussi, par exemple, bon nombres de blogs amateurs reçoivent les jeux des éditeurs (dans la musique ça se fait aussi). Même un type comme le Hooper reçoit des jeux ! Bon mais lui c’est un irréductible indécrottable...
Pour ces mecs qui font ça gratos ça devient une véritable motivation d’avoir des jeux, du matos, des invit’ et ils ne sont pas prêt de perdre ses avantages une fois qu’ils y ont gouté. Peut-être moins, finalement, qu’un groupe de presse qui possède sa propre force et peux tenir tête aux pressions.
# Le 2 mars 2011 à 13:10, par DrNoze
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Je vais caricaturer un peu mais grosso modo il y a une méthode simple pour repérer le vrai blogueur indé. Le vrai indé n’hésite pas a partager des liens mega upload et consors sur son site, alors que le vendu préférera nous pondre des tirades contre le téléchargement...
# Le 2 mars 2011 à 13:25, par déblate
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oh oui, moi j’en connais version jeux vidéos, genre le mec déballe fièrement dans son blog une trentaine de jeux neuf chaque mois, donne son avis (il aime presque tout) et au passage il recommande des boutiques sympas !
la rançon de la gloire !
# Le 2 mars 2011 à 14:35, par Pandabold
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Je suis en train de faire un article "kit promo , ou l’argent de poche des journalistes" sur les disques, jeux vidéos, dvds, que les éditeurs (les très petits et les très gros) envoient à la presse et que cette dernière revend sur des sites d’occasion ou les magasins de seconde main. Ou je vais peut-être l’intituler "Promo Copy. Not For Sale Journaliste" (ça c’est un foutu bon jeu de mot ou je ne m’y connais pas...).
# Le 2 mars 2011 à 15:16, par Pandabold
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Pour le téléchargement, le principe ne me dérange pas dans deux cas seulement : soit le film/disque/autre est épuisé et ne sera pas réédité, soit l’auteur est mort. (Ça devrait d’ailleurs directement tomber dans le domaine public quand le mec meurt, et les ayants-droits n’ont qu’à se trouver un vrai boulot plutôt que de sucer des macchabées).
Parce que bon, c’est vrai qu’on voit toujours par rapport à l’industrie du disque, mais y’a aussi des musiciens qui sortent sur des minuscules labels qui n’ont pas de thune et je peux vous certifier que de voir un type mettre vos trucs en téléchargement gratos ça fait un peu chier quand vous galérer pour vendre et sortir d’autres artistes. Du coup, les petits labels se cassent la gueule les uns après les autres et l’industrie s’en sort bien parce qu’elle a un capital qui lui permet de ne pas "perdre d’argent", juste un "manque à gagner" (ce qui est foncièrement différent).
Et la Sacem pareil, comme elle taxe les supports comme les cassettes, les cd-r et dvd vierges, etc, si j’archive mes photos de vacances sur un CD, ben y’a un peu de sous qui va à Obispo et Lara Fabian. Et ils n’étaient pourtant avec moi à l’hôtel. Par contre, les petits groupes, ben ils toucheront rien de tout ça.
Donc pour le téléchargement, c’est complexe, parce que si je tiens ce discours sur les petits labels, je suis obligé de le tenir aussi pour les gros phoques de l’industrie. Enfin, quoique, j’en sais rien ; en prétextant des contextes économiques et culturels différents et tout, je peux peut-être m’en sortir et échapper de justesse à une contradiction trop flagrante. On revient alors ici au principe d’art comme "produit de consommation culturel".
# Le 2 mars 2011 à 15:53, par DrNoze
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Ouais, c’était un peu une boutade, mais dans le fond, et moralement, bien sûr que tu as raison. Ensuite dans les faits les moeurs changent, le numérique a apporté de nouveaux usages, les gens téléchargent et c’est pas prêt de changer (en tout cas c’est pas HADOPI qui va y changer quoi que ce soit), c’est à l’industrie de s’adapter (ce qu’elle a refusé de faire pendant des années).
Ensuite y’a une étude qui dit que les personnes qui téléchargent le plus sont aussi les personnes qui dépensent le plus dans les biens culturels. Y’a aussi une autre étude qui dit que les dépenses par ans et par habitant en produits culturels ne fait qu’augmenter depuis l’avènement du numérique.
Alors ces dépenses se déplacent et c’est vrai que c’est la musique qui morfle le plus. Mais je crois que la fréquentation des salles de concerts remonte pas mal ces dernières années.
Bon j’ai plus les sources ni les chiffres
mais ça semble évident quand on y pense.
Enfin, c’est un autre débat que celui du téléchargement (illégal ou pas), assez passionnant et plutôt complexe...
# Le 2 mars 2011 à 16:13, par delet
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mais tu crois pas que quand on a du fric on est tous content de s’acheter des trucs, aller au ciné etc... quand on est à la dèche doit on se priver de la culture ? certes l’ état a créé les bibliothèques municipales pour ça mais elles ne sont pas exhaustives, le téléchargement c’est pas si différent hormis qu’il ne soit pas "contrôlé".
les petits labels doivent se repenser, il y a beaucoup de choses à faire mais ils faut qu’ils tiennent compte du contexte . en fait je trouve cette situation plus excitante que regrettable (ça n’ arrange que certains de présenter les choses sous cette angle) mais là on est dans un autre sujet.
# Le 2 mars 2011 à 16:15, par delet
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(encore grilled par noze !)
# Le 2 mars 2011 à 18:14, par Pandabold
En réponse à : Petite Apologie des Blogs
@ Dr Noze
L’industrie musicale n’a pas morflé du tout. Elle se lamente de la chute des ventes de disques pour avoir un angle d’attaque contre le téléchargement illégal. Mais elle est l’unique responsable de cette chute. C’est en effet parce qu’elle a encouragé le marché du mp3 qu’elle vend moins de supports physiques. Et avec la VOD, idem, ce sont les fabricants de DVD qui doivent s’en faire, pas les éditeurs.
@ Delet
« Quand on est à la dèche doit on se priver de la culture ? »
Quand on est dans la dèche, je crois que chacun définit de toute façon ses propres priorités. Mais c’est clair que la culture doit rester un maximum accessible. Oui il y a des bibliothèques municipales, des musées municipaux ou nationaux dont l’accès peut être gratuit. Mais dans le domaine du spectacle vivant par exemple, comment faire ? Avec des techniciens, des comédiens, des musiciens qui doivent quand même bouffer aussi. Il faut bien les payer (après, tout est question de montant). Et comme l’État et les collectivités coupent les subventions (des festivals, des salles de concerts, etc) et que le mécénat n’existe presque plus (remplacé par le partenariat) comment faire ? Donc en résumé, si c’est gratuit pour le public, ça implique le bénévolat des artistes, des techniciens, des équipes d’organisation. Et des études montrent qu’il faut préférer une somme symbolique à la gratuité. Car pour le public, ce qui est gratuit n’a pas de valeur (artistique, entre autre).
Concernant les labels, tu as raison. J’ai moi-même repensé le fonctionnement de celui dont je m’occupais alors depuis 8 ans, et en 2006, je l’ai fermé.
# Le 3 mars 2011 à 15:16, par DrNoze
En réponse à : Petite Apologie des Blogs
Ouais c’est un sujet complexe. Je n’arrive toujours pas avoir un avis très tranché sur la question.
Quand je disais que c’est l’industrie musicale (quand je parle de l’industrie musicale j’y inclue les labels indé) qui morfle le plus c’était pour illustrer les déplacement du budget culturel annuel par habitant. Il y a 10 ans la "musique" tenait une place assez importante dans le budget annuel, de nos jours elle a sacrément baissé, même si le budget "culture" a augmenté au total par habitant. Un déplacement c’est produit au profit des DVD, jeux vidéos, BDs, livres qui eux ont monté en flèches ces 10 dernières années.
Ensuite, que ça nous touche ou non, les majors ne vont pas bien et doivent se reconstruire. Depuis 10 ans ça licencie et ça fait des restrictions budgétaires dans tous les sens. Faut dire que c’est une industrie qui avait pris l’habitude depuis des décennies de vivre grave au dessus de ses moyens et de claquer sans compter. La poule aux oeufs d’or est en train de mourir et il faut redescendre sur terre. Fini les jets privés au frais de la princesse, les grands hôtels et le photographe payé 50 000€ la journée. Ça fait drôle.
Pour les petites structures je pense que ça a toujours été difficile. Je ne ne suis pas persuadé que l’avènement du numérique ai empiré les choses. Je dirais même que peut-être qu’il les a beaucoup aidé en apportant des moyens peu onéreux d’enregistrer, de graver, de diffuser, de se faire connaitre.
Mais le numérique implique aussi la multiplication à l’infini. C’est comme ça. Ça fait aussi partie de sa beauté.
De nos jours acheter de la musique c’est un acte militant. J’en achète beaucoup moins qu’il y a 10 ans, c’est sûr, et si j’achète un disque en 2010 c’est un acte volontaire de soutient.
# Le 3 mars 2011 à 15:20, par DrNoze
En réponse à : Petite Apologie des Blogs
Le problème de l’offre légale (type iTunes) c’est que c’est hors de prix. Je ne peux pas acheter un album 10€ au format mp3, sans pochette, sans livret, sans aucune info sur les musiciens ou le compositeur (ni même la date d’enregistrement) et sans support physique. Un album sur iTunes devrait couter 3€ grand maximum. Si c’était le cas j’en achèterai plein. En l’état, je préfère soit télécharger de manière illégale, soit me payer une belle édition vinyl à 30€.
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