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Musique

Art

Reid Miles

La magie des pochettes Blue Note

Dirt Noze, le 7 février 2013

Retour sur l’homme derrière le design des fameuses pochettes du label à la note bleue.

Reid Miles, si le nom ne vous dit rien, vous connaissez certainement son travail. L’homme dont le patronyme est si classe qu’il sonne comme celui d’un rappeur, est celui qui réalisa le design de presque toutes les pochettes du mythique label de jazz Blue Note, durant les années 50 et 60.

Blue Note Records est un cas à part et si ce label a acquit une aura aussi particulière ce n’est pas le fruit du hazard. Le label à la note bleue fut créé en 1939 par deux véritables passionnés de cette musique : Alfred Lion, un juif allemand ayant fuit le nazisme, et Max Margulis, un écrivain qui finança les débuts de l’aventure mais qui quitta le bateau quelques années plus tard. Très rapidement, Francis Wolff, un photographe, ami de Lion, ayant également fuit l’Allemagne d’Hitler, rejoignit l’aventure.

À une époque où l’on entend à la radio beaucoup de jazz édulcoré pour ascenseur et bar à cocktail, la volonté de ces deux fanatiques de musique est de promouvoir un jazz vrai et brut, un jazz "noir". Même si il brasse un spectre plus large leur label sera principalement associé aux styles be bop et hard bop, soit l’avant garde à cette époque.

Blue Note fonctionne avec une équipe réduite et composée de gens très talentueux. Le goût sûr d’Alfred Lion, les photographies de Francis Wolff et un son, un son particulier, celui de Rudy Van Gelder. Considéré comme un des plus grands ingénieurs du son, qui enregistra presque tous les albums de 1952 à la fin des années 1970.

Une des particularités de Blue Note est que le label de jazz est le seul, à l’époque, a payer ses musiciens pour le temps passé à répéter dans le studio. Outre le fait qu’ils se sentaient du coup plus respectés qu’ailleurs, cela faisait également toute la différence le jour de l’enregistrement.

Mais qu’en est-il alors de la partie graphique ? Il faut dire qu’a l’époque on ne s’attarde pas longtemps sur les pochettes de disque. Les épaissent galettes de 78 tours ne contenaient qu’un seul morceau et étaient tout juste emballées dans une simple pochette en papier. C’est avec l’arrivée en masse, au début des années 50, des 33 tours en vinyls, plus fragiles que leurs prédécesseurs et contenants une dizaine de titres, que l’on voit l’emergence de la "pochette de disque" telle qu’on la connait.

Reid Miles commence sa carrière à New York dans la publicité puis pour le magazine Esquire. C’est Francis Wolff qui lui fait confiance et l’engage alors pour s’occuper de la direction artistique du label.

Paris gagné. On donne carte blanche au graphiste, qui, armé de ses ciseaux et de sa colle repositionnable s’attachera pendant onze ans a composer toutes les pochettes du label, par centaines.

Reid Miles au court de sa carrière chez Blue Note (mais aussi chez Prestige) saura retranscrire graphiquement les rythmes, les explosions, les cassures mais aussi la rigueur du jazz moderne. Son imagerie très personnelle, faites de jeux de typographie débridés, de compositions très rythmiques, de forts contrastes et de décalages ont marqué à jamais la culture populaire. Parfois il part des photographies de Wolff (mais aussi des siennes) qu’il n’hésite pas a re-cadrer sans ménagement et avec lesquelles ses typos établiront un dialogue. Parfois ses compositions resteront abstraites et ne seront que jeux typographiques. Il créera pour certaines occasions des illustrations originales.

La légende nous raconte que l’homme dont le travail a imposé ce à quoi devait ressembler une image "jazz" dans les années 50, ne goûtait guère cette musique et courait chez le disquaire voisin échanger les exemplaires gratuits qu’il recevait contre des disques de classique, seule musique qui trouvait grâce à ses oreilles.

Un extrait de l’excellent documentaire, Blue Note - A Story of Modern Jazz :

- Pour ceux cela intéresserait vous pouvez voir le documentaire entier par ici.

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