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René Viénet, La dialectique peut-elle casser des briques ?, 1973

Les karatékas-prolétaires contre la bureaucratie

Yann, le vendredi Février 2013

Grand classique du détournement situationniste, cette pantalonnade parodie la phraséologie des idées brassées lors des "évènements" de mai 68 [1] par le doublage d’un film quelconque de l’industrie hong-kongaise. Un divertissement qui vous fera rire… et réfléchir, camarades !

Ce film de René Viénet, sinologue membre de l’I.S. (Internationale Situationniste) de 1963 à 1971, est un détournement tel que Guy Debord et Asger Jorn en ont posés les principes dans l’article "Mode d’emploi du détournement" (Les lèvres nues, n° 8, mai 1956). Dans ce texte, les deux piliers de l’I.S. (Internationale Situationniste) préconisent une liquidation de l’art et son dépassement par l’usage de toutes sources possibles, notamment les mass-médias, à des fins de propagande révolutionnaire. Il ne faut cependant pas oublier que les "situs" passaient plus de temps à se pochetronner en citant Marx dans les cafés de la Rive Gauche (bref, typiquement l’idée qu’on se fait en France d’une "attitude subversive"…) qu’à s’engager dans des actions concrètes. La dialectique peut-elle casser des briques ? peut être vu comme une vulgate amusante de La société du spectacle (1967) de Debord, lui-même vulgarisateur de Marx à l’usage des étudiants en Lettres (on lui concèdera tout de même d’avoir explicité la notion de "spectacle" qui n’est que sous-jacente chez Marx, c’est là son véritable apport.) le film chinois qui sert de support à une hilarante litanie de poncifs idéologique "de goche" s’intitule Crush (唐手跆拳道), de Kuang-chi Tu, originellement sorti en 1972. À noter que René Viénet, tout situationniste qu’il fut, a su se préserver du besoin en occupant de prestigieux postes au CNRS ou à Polytechnique…

En fin de compte, ce film dessert la "cause" en ridiculisant les vaines palabres des prolétaires… Comme l’écrit Louis Chauvet dans Le Figaro en mars 1972 : "Je soupçonne le producteur de vouloir se ménager tous les publics politiques en flattant en principe le spectateur de gauche, pouvant aussi séduire par des raisons plus subtiles un zélateur de la classe dominante car l’oeuvre a vraiment l’air de pasticher sans pitié le cinéma gauchistes et ses poncifs"… Vous avez le choix entre : vous contenter du film pécho sur Youtube de piètre qualité ; télécharger illégalement une version de meilleure qualité (attitude très "situ") ; acheter le DVD accompagné d’un livre paru chez Allia en 2008 (attitude scandaleusement réactionnaire !)


[1Pour y voir plus clair : Vincent Cespedes, Mai 68. La philosophie est dans la rue !, Larousse, collection « Philosopher », 2008.