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Armée Noire

Poésie brute

Yann, le jeudi Décembre 2009

L’armée noire cultive le secret. On sait simplement que Charles Pennequin est dans le coup : cet ancien gendarme (!), né à Cambrai en 1965, est introduit à la poésie sonore par Christian Prigent, c’était également un ami proche de Christophe Tarkos. Privilégiant la lecture publique, Pennequin a cependant publié des textes chez Carte Blanche et Al Dante. Il a récemment enregistré un poème avec Yvan Etienne, bidouilleur électronique, et Jean-François Pauvros à la guitare : Dichte, diffusée sur France Culture. Armée noire est un blog, mais aussi une revue à laquelle vous pouvez souscrire sur leur site.

"Nous sommes des chiens, nous valons rien, combien le prix du chien, un chien vaurien, combien ça nous coûte, combien couter à la France, France d’en bas combien, combien le chien dites-moi, faites le calcul, nous sommes des chiens, combien, combien pour ce chien, et pour celui-là encore, combien pour toute la portée, combien l’animal ici battu, ici en cage combien, combien, la somme de toute cette sale race, race d’ailleurs, pas de chez nous combien, combien la putain de sale racaille, combien dites un prix, deux mille balles, mais sans les mille, deux balles le chien, et pour toute la vie, pour toute son existence, l’existence à deux balles, et pour combien, combien l’ensemble de chiens, dites un chiffre, un prix, même un nombre, dites et on verra bien, on fera le tri, entre les phrases, le tri des chiens, entre les mots dites nous combien, combien encore à cracher ici ou ailleurs, combien d’animal battu, combien de chiens en rut, combien de putes, combien les putains au rabais, dites nous, comment vous nous comptez, comment vous faites pour compter la petite bière, la petite mitraille des peuples, la mauvaise graine, la qui sent pas bon, la qui pue, la qui se lave rarement, lave pas ses mots, ses sentiments, dégage une sale odeur, dans les rues, les couloirs, les ascenseurs, les familles, toute une portée dis-je, toute une sale misère qui nous porte au nez, le porte monnaie combien, combien donner encore à cette sale engeance, combien encore dites nous, les chiens de basse fosse, la misère noire, l’armée, une armée noire, des sales gens, des puants, des qu’on voit bien qu’ils ont des mauvaises intentions, des pauvres rien, des qui n’ont rien à nous apprendre, des qu’il faudra bien à un moment donné régler le compte, débarrasser le plancher, le sale plancher avec toute cette sale mentalité des peuples, sale race, race hors de la nôtre, la votre, la leur, race hors d’elle-même, prète à en finir, à en découdre, voilà ce qu’il lui faut, il faudrait un bon coup dans la gueule, un coup de grisou dans l’âme, un bon éteignoir dans sa pensée à cette sale graine, il lui faudrait un bon coup porté, et hop, la voilà sur les chemins, la voilà arpentant la lutte, la voilà dans la déroute, la dérive, et vive la dérive, vive la colère noire, vive la rage, la rage seule fait la vie, l’impossible respiration, car ici on étouffe, vos lois nous étouffent, vos lendemains nous étouffent, vos pensées et vos actes, vos saloperies en somme, la somme de vos possibilités nous étouffe, et vous pouvez dès maintenant commencer à compter vos abattis."

Merci Shige Gonzalvez.

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