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Musique

PNL : Que la famille

"Je suis de la jungle, appelle-moi Mowgli"

Dirt Noze, le vendredi Juillet 2015

Ademo et N.O.S., le duo du quartier des Tarterêts (Corbeil-Essonnes), chantent sans concession, le blues de la bicrave sur des instrumentations vaporeuses, et y invoquent les héros de leur enfance.

JPEGAinsi, Mowgly, Simba, Rémi, Végéta ou encore Tapion, emmènent l’auditeur dans un voyage en troisième classe, pour l’enfer du « petit commerce » et de la débrouille en pleine fracture sociale. La dureté du propos, violent, vulgaire et sans fard, est ici adoucie (à moins que ce ne soit le contraire ?) par des arrangements vocaux, parfumés à l’autotune, sensibles et entraînants, et par la légèreté des instrumentations de type cloud trap.

Si l’écriture est dure et désabusée elle peut également se montrer très sensible et touchante. Les deux rappeurs, très lucides, n’hésitent pas à y exprimer leurs angoisses et leurs faiblesses. Leur écriture est composée comme une suite de vignettes, comme autant de pièces d’un gigantesque puzzle qui se rassemblent au final, avec des renvois de morceaux en morceaux. Le tout emportant, au final, l’auditeur dans un univers riche et très crédible.

Aaaaaaaaaaah
On dira pas qu’on a mal
Ounga Ounga
On cherche le bonheur où c’est sale

PNL, Recherche du bonheur

Malgré l’origine disparate de leurs beats, glanés sur Soundcloud, et un mix plus qu’aléatoire, pouvant mettre à mal certaines installations sonores, l’ensemble possède une direction artistique très cohérente et les ritournelles du duo deviendront rapidement addictives. Seuls quelques featurings mal venus viendront cependant temporairement mettre à mal votre pacte de suspension d’incrédulité, et vous faire sortir de votre voyage.

Seuls sur ce créneau dans nos contrées, et même s’il rejouent, à la française, ce qui se fait certainement de plus intéressant en ce moment aux États-Unis, ils possèdent une vraie touche personnelle et ne traduisent pas, à la lettre, les élucubrations autotuneés d’un Chief Keef ou la sensibilité froide d’un Lil Durk. Dans tous les cas, l’arrivée de leur premier album, Que la famille (uniquement sur iTunes ou de la main à la main), a été un choc et marquera certainement en profondeur le rap hexagonal.

La vie me donne son cul,
j’connais pas l’goût d’ses lèèèèvres !

PNL, Différents

Une fois l’album Que la famille dans le lecteur, pour parfaire sa discothèque virtuelle, il faudra se dégoter l’excellent single Mowgli, qui ne se retrouve curieusement pas sur l’album final. Ainsi que Le Monde ou rien et PTQS (Plus Tony que Sosa), les incroyables morceaux annonçant Le monde Chico le prochain projet du duo.

Les clips vidéo du groupe, réalisés par Kamerameha, portent très bien le propos et sont une excellente porte d’entrée dans l’univers du groupe. On y retrouve, d’un clip à l’autre, les même personnages, les mêmes lieux et éléments de décors, comme la fameuse chaise rouge du dealer de La Petite voix et Je vis, je visser. Il faut regarder toutes ces vidéos, une à une ici, puis recommencer. Et recommencer.

Et pour conclure, comme Igor Illitch l’analyse finement dans l’excellent papier de Vladeck Trocherie sur Captchamag : PNL sublime la merde.