Accéder directement au contenu

Fondle ’Em Records

Dirt Noze, le jeudi Novembre 2013

Au début des années 90 Robert “Bobbito” Garcia officiait aux côtés de DJ Stretch Armstrong sur WKCR 89.9 FM, la radio de la Columbia University. Les deux compères y faisaient tourner une émission de rap, célèbre notamment pour ses freestyles et ses démos inédites : The Stretch Armstrong & Bobbito Show. Rapidement, le show devient un haut lieu du rap underground. De nombreux rappeurs qui deviendront célèbres par la suite, comme Big L, Jay Z, le Wu-Tang Clan, se sont fait connaitre en passant chez les deux compères.

La plupart ne décrochaient cependant pas de contrat et c’est en voyant défiler dans son show tous ces artistes talentueux qui semblaient galérer et que personne ne semblait vouloir signer, que Bobbito, ressenti alors le besoin de créer un label, ce sera Fondle ’Em Records.

JPEG - 129.8 ko

Bobbito (à g.) & Stretch Armstrong (à d.) dans les locaux de WKCR.

Ne produisant que des E.P. sur galettes en vinyle (hormis quelques exceptions [1]) et se coupant ainsi d’une bonne partie du grand public, Fondle ’Em Records était un vrai pur label de rap underground. Plus que Rawkus, qui s’avéra rapidement un fétu de paille, et précédant Definitive Jux, il est peut-être celui qui représente le mieux cette fameuse scène rap underground new-yorkaise de la deuxième partie des années 90. Avec une création en décembre 1995 et une dissolution en 2001, ses actes de naissance et de mort épousent d’ailleurs curieusement l’âge d’or de cette scène.

Durant ces 5 années Fondle ’Em assura le sans faute en ne sortant que des bombes. Absolument rien n’est a jeter. Il est vrai que le format resserré du E.P., en ne laissant pas de place au remplissage, est le format rêvé pour un hip-hop qui a peut-être eu plus de mal avec le format album.

Si son choix "hardcore" de ne publier que du vinyle a surement participé a précipiter son catalogue dans l’oubli, il a certainement également participé à le mythifier. Les disques du label s’échangeant de nos jours à prix d’or sur le marché de l’occasion, on pourra tout de même trouver quelques compilations ou rééditions CD (notamment chez Definitive Jux, le petit frère) mais c’est surtout sur le peer 2 peer qu’on pourra retrouver ces magnifiques EP, avec les versions instrumentales qui vont bien, et qui valent leurs pesant d’or.

DJ Eli & Shan Boogs feat. Cage - And So Kiddies...

Car un des points forts des productions Fondle ’Em c’est la qualité des intrus dont le niveau est globalement très haut. Même si les beats viennent de producteurs différents, on peut aisément retrouver une "patte" particulière à Fondle ’Em, un boom bap, typiquement new-yorkais, à mi-chemin entre le jazz rap classique d’un DJ Premier, ou d’un Pete Rock, et les expérimentations plus sombres d’un El P. Reprenant, et approfondissant, le style jazz rap du début des années 90, ces beats profonds et au feeling analogique (craquement de vinyle, souffle, reverb) sont hyper chaleureux tout en possédant une face sombre et dissonante. À l’image du No Soles Dopest Opus de Siah & Yeshua DapoED dont l’instru, produite par Jon Adler, mêle tranquillement boucles jazz enlevées où cuivres et piano se répondent avec des chants de baleine dramatiques et dissonants.

Siah & Yeshua DapoED - No Soles Dopest Opus

En dehors des 2 têtes d’affiches que sont Kool Keith (The Cenubites EP) et MF Doom (Operation : Doomsday), mais qui avaient déjà une carrière avant, la majorité des artistes sortis sur le label de Bobbito ne feront pas de grande carrière par la suite. À l’image du duo Siah and Yeshua DapoED, qui sortira un excellent, et unique, The Visualz EP (réédité en 2008 sur CD et agrémenté de bonus), qui restera sans suite. Siah sortira juste un 2 titres (Repetition/Pyrite) en solo sur Fondle ’Em un peu plus tard. Yeshua, lui, continuera a officier dans l’underground au sein du groupe Wee Bee Foolish.

JPEG

On notera également les titres de DJ Eli & Shan Boogs (Cloudkickers EP), de Da Nuthouse (A Luv Supream 12"), Y@k Ballz (HomePiss EP) ou encore Mhz (Rocket Science 12").

Quelques artistes cependant utiliseront leur premières sorties sur Fondle ’Em pour lancer une carrière underground comme le groupe The Arsonists (The Session) qui sortira rapidement As The World Burns chez Matador. Cage (Mersh EP), de son côté, continuera sa carrière sur Def Jux, le label d’EL P, et le groupe Scienz Of Life sortira deux excellent albums chez Sub Verse (aux côtés de MF Doom), le label de Bigg Jus.

En 2001, Bobbito décide de mettre la clé sous la porte et passe symboliquement le relais à Def Jux en y sortant Farewell Fondle ‘Em, une compilation censée résumer les 5 années du label, avant de partir pour de nouvelles aventures, du côté du basket ball ou derrière les platines.

- Écoutez une sélection des meilleures tracks de Fondle ’Em par ici.


[1Fondle ’Em sortira 3 albums, dont 2 bénéficieront également d’une sortie CD.