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Lil Debbie - RATCHETS

Dirt Noze, le jeudi Juillet 2013

Avant de lancer une carrière solo qui s’annonce pleine de paillettes et de drogues, Lil Debbie, faisait partie du White Girl Mob, aux côtés de Kreayshawn et de V-Nasty, avant que celui-ci n’implose. C’est autour de 15 ans, sous la bannière des Cupcake Princess Ponies, que les copines de la Bay Area, passionées par la mode, la weed et le hip-hop, commencent a rapper, sur des tracks "fashion victims", des lyrics à base de "My earrings are rockin".

Après s’être fait viré du groupe par Kreayshawn, Lil Debbie approche RiFF RaFF, l’homme au look improbable et aux punchlines venues de l’espace, et sort à ses côtés quelques tracks qui font leur effet, comme Michelle Obama, Brain Freeze ou Squirt.

La skinny girl d’origine italienne a sorti récemment avec Ratchets (que l’on pourrait traduire en marseillais par "Cagoles") une track en solo qui déboite, supportée visuellement par un clip qui dépote.

À l’image de ce qui se produit d’intéressant dans le rap contemporain, la p’tite Debbie joue avec les codes du rap mercantile et brouille les pistes si bien qu’on ne sait plus très bien à quel degrés ça doit se lire. La rappeuse pose en mère maquerelle et reprend à son compte une imagerie clinquante de la domination patriarcale qui fait fureur dans le business de la musique et notamment celui du rap. On peut y voir un certain décalage, de l’humour, de la provocation, peut-être même une certaine dénonciation, le tout sans oublier de flatter allègrement nos bas instincts. Mais est-ce du lard ou du cochon ? Finalement, a-t-on affaire à un clip raciste, feministe, sexiste, putassier ou ironique ? Tout ça à la fois ?

Peut-être bien, mais c’est justement cette zone de floue, cette perte de repères qu’on retrouve particulièrement dans le travail de gens comme Lil B, le Odd Future ou Metro Zu, et que je trouve intéressante dans le rap contemporain. Un rap ambigue, qui marche sur les traces de Kool Keith, et qui pose plus de questions qu’il ne tente d’en résoudre. Contrairement à celui de la génération précédente, qui portait un message (qu’il soit "conscient" ou "gangsta") plus évident, moraliste et paternaliste.

Avec ses booty queens empéruquées, aux formes généreuses moulées dans des maillots "une pièce" à l’effigie d’une marque de bière populaire, le clip de Lil Debbie et Jb Ghuman Jr fait en tout cas echo avec le Windowlicker d’Aphex Twin et Chris Cunningham, qui en son temps, déjà, rigolait bien de cette imagerie sexiste et gangsta. Et la boucle est bouclée.