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Chopped and Screwed in Houston

DJ Screw in slow motion

Dirt Noze, le mardi Mai 2011

J’aime bien considérer les différents genres de musique populaire comme des oeuvres collectives. Chacun des protagonistes s’inspirant de ses paires, s’appuyant sur ce qui a déjà été fait et tentant d’apporter sa modeste pierre à un édifice qui le dépasse. Bien sûr le processus peut se remarquer dans toutes formes d’expression, mais je trouve qu’il est plus particulièrement remarquable dans les musiques dites électroniques (dans lesquelles j’inclue bien évidemment le rap) où la pratique semble plus assumée que, par exemple, dans le rock, celui-ci ayant une tradition plus égotique et une volonté affichée plus "artistique".

De temps en temps certains participants sortent cependant du lot et s’avèrent plus inspirés, et inspirants : Ils marquent une étape, font un peu plus évoluer le courant, sans pour autant forcément rencontrer les paillettes. DJ Screw est de ceux là.

Fils de camionneur originaire de Houston (Texas), Robert Earl Davis fait partie de ceux qui mis cette ville sur la carte du hip-hop. Dans un sud où les beats sont traditionnellement plus rapides et portés sur le dance floor (la Bounce de la Nouvelle Orleans, le Crunk de Memphis ou, plus tard, la Trap music d’Atlanta), DJ Screw, adepte du "sizzurp" [1] a décidé, dans les années 90, de ralentir les beats des morceaux qu’il mixait pour leur donner une dimension plus planante (qu’on pourra rapprocher du dub).

En jouant du pitch de ses platines il ralentit considérablement le tempo de tracks hip-hop jusqu’à 60 bpm, répète certains passages, ajoute des scratchs et des effets et transforme ainsi des hits funky et badass (DJ Screw affectionne plus particulièrement les titres gangsta rap de la west coast ou de Houston) en morceaux à la sensibilité sombre, introspective et psychédélique.

DJ Screw - My Life
DJ Screw - 3 ’n the Mornin’ (Part One) : Intro

DJ Screw a alors retourné la tête des hip-hoppers de Houston accrocs à la codéine et son style fera école. On a appelé cette "technique" de mixe "Chopped and Screwed". "Screwed" (en hommage au créateur du style [2]) signifie le fait de ralentir un disque et "Chopped" celui de hachurer certains passages en répétant certains mots ou sons à l’aide de deux vinyles identiques qu’on fait tourner avec un léger décalage. On réalise un "chopp" en passant, au moment approprié, d’une platine à l’autre au moyen du crossfader.


High on codein

DJ Screw, fort d’une petite célébrité locale, multiplie alors les mixtapes et ouvre un petit record shop (Screwed Up Records and tapes) où il vend des disques et ses cassettes qu’il produit en nombre.

DJ Screw est mort d’une overdose de codéine le 16 novembre 2000 (à l’âge de 29 ans) et au cours de la décennie qui suivit, apparemment en grande partie grâce au P2P, le style est sorti de la scène locale pour investir toute la carte hip-hop. Tout le monde veut désormais son remixe chopped and screwed [3] et le son influencera directement la production rap globale.

Le style sera repris par de nombreux DJ locaux, comme Michael "5000" Watts ou OG Ron C , jusqu’à devenir une véritable scène.

La plupart de ses mixtapes ont été rééditées après sa mort et ont été classées par chapitre ("chapter") mais le classement ne respecte pas un ordre chronologique. On en compte 244, vous pouvez en trouver en download par ici :
- http://bottomofthemap.blogspot.com/search/label/DJ%20Screw

Pour démarrer je vous conseille également l’écoute de 3 ’n the Mornin’, Pt. 1 et 2 qui constituent une bonne porte d’entrée à la screw music de DJ Screw :
- http://www.mediafire.com/?jnmimzm0dnt


Et puis en bonus, un petit doc (ou plutôt des rushs commentés) de Schmitto en immersion dans la scène Screw de Houston. (Attention le doc est entrecoupé avec d’autres sujets)

Crédits photo : Ben DeSoto


[1Le "sizzurp" ou "purple drank" est un mélange de sirop à la codéine et de soda.

[2Cependant, la technique aurait, à l’origine, été utilisée dans les années 70 au Mexique par cetains DJs qui ralentissaient les disques de Cumbia pour leur donner un son plus smooth.

[3voir des remixes d’albums entiers comme le Mississippi : The Album de david Banner.